La question, posée par Denis Mukwege, résonne avec acuité dans un contexte marqué par des démissions successives qui interrogent autant qu’elles inquiètent. Après Vital Kamerhe, c’est Modeste Bahati Lukwebo qui quitte ses fonctions. En démocratie, la démission peut être un acte de responsabilité. Mais ici, elle semble plutôt révéler une tension profonde : celle qui oppose la fidélité aux principes à la soumission aux logiques du pouvoir, notamment autour d’un projet controversé de révision constitutionnelle.
Ce qui choque davantage, ce n’est pas tant le départ de ces figures politiques que les circonstances qui l’entourent. Avoir osé exprimer un désaccord aurait conduit à leur éviction, avant qu’ils ne se livrent, publiquement, à des déclarations de loyauté envers le chef de l’État. Une posture qui interroge : dans une démocratie digne de ce nom, les élus contrôlent l’exécutif, ils ne s’y soumettent pas.
Or, en RDC, une inversion des rôles semble s’installer, fragilisant les fondements mêmes de l’État de droit.
Derrière cette crise institutionnelle se cache une question plus profonde, presque existentielle : celle de la dignité.
Où se situe-t-elle lorsque ceux qui incarnent la volonté populaire paraissent renoncer à leur liberté de parole ? Et si cette dignité vacille au sommet, comment espérer qu’elle soit défendue à la base ? L’héritage culturel congolais, riche de ses sagesses ancestrales, rappelle pourtant une vérité simple mais exigeante : un homme intègre peut tomber, mais il ne se déshonore pas.
L’histoire nationale elle-même en offre une illustration éclatante avec Patrice Lumumba, symbole d’une parole libre et d’un courage politique assumé jusqu’au sacrifice ultime.
Car toute tyrannie, dit-on, se nourrit de l’unanimité. Il suffit pourtant d’une seule voix dissonante pour fissurer l’illusion et raviver l’espoir. À ceux qui siègent encore dans les institutions, la question demeure : que restera-t-il de leur honorabilité lorsque les équilibres politiques auront changé ?
Enfin, cette séquence politique appelle également à la lucidité du sommet de l’État.
Les courtisans d’aujourd’hui ne sont pas toujours les alliés de demain. L’histoire politique congolaise regorge d’exemples de fidélités éphémères, dictées par des intérêts personnels plus que par le sens de l’État. À l’heure des choix, il appartient donc aux dirigeants d’écouter non pas les flatteries, mais la voix de leur conscience et celle du peuple. Car, comme le rappelle l’hymne national, c’est en gardant la tête haute que se construit la véritable liberté.
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