Le 14 mars 1995, Christophe Munzihirwa Mwene Ngabo est nommé archevêque métropolitain de Bukavu, après avoir assuré durant un an et demi la charge d’administrateur apostolique de l’archidiocèse.
Cette nomination vient consacrer un homme déjà profondément engagé dans la défense de la dignité humaine au cœur d’une région secouée par de profondes turbulences.
Mais un an et sept mois plus tard, au cœur de la Première guerre du Congo, sa voix est brutalement réduite au silence.
Le prélat est assassiné, victime de son courage et de sa parole prophétique qui dérangeaient dans un contexte de violence et d’injustice.
Malgré la brièveté de son ministère épiscopal, Mgr Munzihirwa marqua durablement l’archidiocèse et la ville de Bukavu.
Dans l’une des périodes les plus sombres de l’histoire récente de la région des Grands Lacs, il fut à la fois une sentinelle vigilante et un pilier moral, n’hésitant pas à élever la voix pour défendre les populations prises dans la tragédie de la guerre d’agression.
Comme l’avait déclaré le cardinal Joseph Tomko :
« Mgr Munzihirwa est mort en martyr. C’était un prophète. L’Afrique, le Congo, la région des Grands Lacs et, en particulier, l’archidiocèse de Bukavu ont perdu une perle précieuse. Malheur à ceux qui pensent établir leur trône sur des tombes. »
Ces mots, rapportés par Christian Kombe Lele, résonnent encore aujourd’hui comme un rappel puissant de l’héritage moral et spirituel laissé par ce pasteur courageux, dont la mémoire continue d’inspirer Bukavu et bien au-delà.
Les millions de fidèles attendent toujours que l’Église le proclame bienheureux, puis plus tard saint ; ce qui, pour eux, ne serait que justice. Le processus de sa béatification est entamé depuis plus de cinq ans.
Pascal Ngaboyeka



