Échec du projet solaire d’AVSI à Idjwi : entre espoir et désillusion dans les villages de Kashara et Kimomo

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Implémenté avec l’appui du ministère italien de l’Énergie, le projet de centrale photovoltaïque et hydroélectrique porté par l’Organisation internationale italienne AVSI peine aujourd’hui à répondre aux attentes des populations locales de l’île d’Idjwi, dans la province du Sud-Kivu.

Lancé avec enthousiasme dans les villages de Kashara et Kimomo, le projet, d’une capacité annoncée de 120 kW, visait à fournir une énergie durable et propre afin de soutenir le développement socio-économique de cette zone enclavée. Quelques mois seulement après sa mise en œuvre, le rêve s’est cependant transformé en profonde désillusion pour les communautés bénéficiaires.

Des installations à l’abandon et des risques permanentsSur le terrain, le constat est alarmant. Les équipements sont en panne, mal entretenus et exposés à de nombreux risques. Autour de la centrale, les installations servent aujourd’hui de pâturage pour des chèvres, tandis que des feux de brousse régulièrement allumés par des paysans menacent directement les panneaux solaires.

À cela s’ajoute la présence de moulins à mazout dont les fumées et les projections de gasoil polluent l’air et salissent les équipements de la centrale. Pourtant, lors de l’implémentation du projet PUE dans le cadre du programme EnDev, la population s’était dite prête à abandonner les moulins thermiques au profit des moulins électriques, plus propres et plus durables.Des dysfonctionnements multiples.

Plusieurs causes sont avancées pour expliquer l’échec actuel du projet :des batteries de mauvaise qualité, rapidement défectueuses ;des pannes techniques non résolues, sans suivi ni maintenance ;l’absence de formation d’une équipe locale, capable d’assurer la gestion et l’entretien des installations ;la non-implication des bénéficiaires, la gestion technique étant réalisée à distance, rendant le projet inefficace ;l’utilisation de matériels inadaptés ou de qualité discutable.

« Nous avions enfin cru que notre village allait sortir de l’obscurité. Aujourd’hui, les panneaux sont là, mais inutilisables. Des câbles ont été volés, d’autres sont jetés en désordre. Même la centrale hydroélectrique a été endommagée par les pluies et les inondations répétées. Des millions de dollars n’ont jamais servi la population », témoignent des habitants de Kashara.

Des pertes lourdes pour les ménages

Conséquence directe de cette situation, de nombreuses familles ayant investi dans des équipements électriques (téléviseurs, congélateurs, réchauds, etc.) ont été contraintes de les revendre à des prix dérisoires, faute d’électricité. Une perte économique considérable pour des ménages déjà vulnérables.

Un paradoxe qui interroge

Certains observateurs s’interrogent sur le paradoxe consistant à voir l’ONG AVSI, à travers son projet PUE du programme EnDev, soutenir des entrepreneurs locaux via d’autres projets portés par des sociétés intervenant dans les énergies renouvelables, tout en laissant son propre projet de Kashara et Kimomo à l’abandon.

Comme le dit un proverbe africain :« Faire nourrir l’enfant d’autrui pendant que le vôtre est affamé. »

Des réalisations positives à reconnaîtreLa communauté d’Idjwi tient toutefois à reconnaître que l’ONG AVSI a mené avec succès plusieurs autres projets aux résultats palpables, notamment le projet PUE à Buyumbu, Bunyakiri, Bugarula, Kashiraboba (chefferie de Rubenga) et à Mugote (chefferie de Ntambuka), sans oublier les réalisations positives du programme RRMP.

Un appel urgent à l’action

Face à cette situation, les populations de Kashara et Kimomo appellent l’Organisation AVSI à agir en urgence pour la relance de ce projet stratégique, essentiel au développement durable de la chefferie Ntambuka.

Initialement, ce projet devait accompagner les micro-entreprises locales et contribuer au désenclavement économique de toute la région, comme cela est déjà le cas dans d’autres villages bénéficiaires.

NB : De la frustration non prise en charge naissent souvent des actions regrettables. Par cette note, la communauté alerte officiellement l’ONG AVSI et l’invite à revoir ses priorités.

Il est incompréhensible de voir des millions de dollars, y compris la contribution locale, foulés au pied sans impact réel sur la population. Puisse l’année 2026 être celle de la relance effective de ce projet, au bénéfice des populations de Kimomo et Kashara.

Depuis l’île d’Idjwi, Albert CINYABUGUMA

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