Réuni à Kinshasa dans le cadre de l’atelier de réflexion communautaire consacré à la restauration rapide de l’autorité de l’État dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sous contrôle du gouvernement, le ministre d’État honoraire François Rubota a livré une intervention axée sur les enjeux sécuritaires, humanitaires et institutionnels. Pendant deux journées de travaux, les 22 et 23 juillet, il a plaidé pour une relecture du conflit dans l’Est de la République démocratique du Congo et pour une clarification des responsabilités de l’État face à la crise.
Au cours de la première journée, marquée par un exposé du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), François Rubota s’est interrogé sur le chiffre de 197 000 réfugiés rwandais installés en RDC. Il a voulu savoir si ces statistiques incluaient les membres des FDLR. Face à la réponse du représentant du HCR, qui a indiqué que cette question ne relevait pas du mandat de son institution, l’ancien ministre a demandé que cette préoccupation soit transmise au Haut-Commissaire.
Selon lui, une clarification de cette question permettrait de lever ce qu’il considère comme un prétexte régulièrement invoqué par Kigali pour justifier son implication militaire en RDC depuis 1996.
Le lendemain, à l’issue des interventions du vice-gouverneur du Nord-Kivu, du gouverneur du Sud-Kivu et du secrétaire général au ministère de l’Intérieur, François Rubota a salué la qualité des présentations, tout en réservant une mention particulière à celle du gouverneur du Sud-Kivu. Son intervention s’est ensuite articulée autour de trois axes majeurs.
Sur le plan sécuritaire, il a plaidé pour une inversion du narratif entourant le conflit dans l’Est du pays. Estimant que les responsabilités sont souvent présentées de manière incomplète, il a proposé de désigner le bloc armé sous l’appellation « RDF – AFC/M23 – Twirwaneho », afin de mettre en évidence, selon lui, le rôle central des Forces de défense rwandaises (RDF).
Il a également regretté que certains Congolais adhèrent à des mouvements armés sans, selon ses propos, en maîtriser les véritables motivations, estimant par ailleurs que les justifications avancées par ces groupes sont en contradiction avec les déclarations des autorités rwandaises.
Abordant ensuite la question humanitaire, François Rubota s’est opposé au recours systématique à des experts extérieurs dans les interventions à Uvira.
Fort de son expérience comme coordonnateur du programme d’appui aux réfugiés burundais et rwandais entre 1993 et 1996, il a soutenu que cette ville dispose déjà de nombreuses compétences locales capables d’assurer efficacement les missions humanitaires, rejoignant ainsi la position exprimée par le gouverneur du Sud-Kivu.
Enfin, le ministre d’État honoraire a remis en question l’approche consistant à attribuer aux communautés ou aux tribus une part de responsabilité dans l’affaiblissement de l’autorité de l’État. Rappelant que la souveraineté, la sécurité et l’application de la loi relèvent exclusivement des missions régaliennes de l’État, il a estimé que les insuffisances constatées dans ces domaines ne sauraient être imputées aux populations. Pour illustrer son propos, il a évoqué le cas de véhicules circulant sans équipements réglementaires tout en disposant pourtant de certificats de contrôle technique valides, y voyant le reflet de dysfonctionnements administratifs.
En conclusion, François Rubota a recommandé au gouvernement de renforcer les capacités opérationnelles des forces de défense et de sécurité. Il a également insisté sur le fait que la restauration de l’autorité de l’État relève avant tout des ministères compétents, notamment ceux de l’Intérieur, de la Défense ainsi que des services spécialisés, affirmant que cette responsabilité ne peut être transférée aux communautés locales.
LAPROXIMITE.CD



