À l’approche d’un éventuel dialogue national, une question s’impose : existe-t-il encore une opposition capable de parler d’une seule voix ? Entre les positions de Martin Fayulu, celles de Joseph Kabila et les multiples sensibilités qui composent le paysage politique congolais, l’opposition apparaît plus fragmentée que jamais. Loin de former un front uni, elle évolue en ordre dispersé, offrant l’image d’une coalition de trajectoires parallèles plutôt que d’une véritable force politique capable de peser sur les grandes décisions nationales.
Dans le même temps, le pouvoir semble consolider son emprise sur le débat public. Sans l’affirmer ouvertement, un climat s’installe où toute voix dissidente peut rapidement être assimilée à une posture antipatriotique ou soupçonnée de complaisance envers Kigali. Cette perception, qu’elle soit réelle ou ressentie, contribue à durcir les positions et à réduire les marges d’un débat serein sur les enjeux nationaux.
Au milieu de cette polarisation, les évêques catholiques tentent de maintenir ouverte la voie du dialogue.
Leur démarche repose sur la conviction qu’un consensus reste possible si toutes les sensibilités politiques et sociales sont associées au processus. Mais sur le terrain, les divergences persistent. Avant même que les discussions ne commencent, les controverses portent déjà sur la composition des participants, les règles du jeu et les thèmes à aborder, reléguant au second plan les véritables défis auxquels le pays est confronté.
Pendant que l’opposition peine à harmoniser ses positions, la majorité présidentielle semble avancer avec davantage de cohérence stratégique. Cette asymétrie renforce l’impression que le pouvoir maîtrise le rythme et les contours du débat, alors que ses adversaires restent absorbés par leurs propres rivalités.
À mesure que les échéances politiques se rapprochent, les fractures au sein de l’opposition se creusent davantage.
Les soupçons mutuels, les ambitions concurrentes et les calculs politiques prennent le pas sur la recherche d’une vision commune. Le risque est alors que le dialogue national, présenté comme une opportunité de refonder le consensus républicain, se transforme en un simple affrontement de positionnements politiques, au détriment des attentes profondes de la population et de l’intérêt supérieur de la nation.
Avec Samuel Nakweti



