La protection des populations civiles dans les zones touchées par les conflits armés demeure une préoccupation majeure. Cette situation s’explique par l’activisme persistant des groupes armés qui compromettent la sécurité des populations, contraignant de nombreux habitants à abandonner leurs villages pour trouver refuge dans des lieux supposés plus sûrs.
La partie sud de la province du Sud-Kivu, notamment les territoires d’Uvira, de Fizi et une partie du territoire de Mwenga, est particulièrement affectée par ce phénomène depuis plusieurs années. Les incursions des groupes armés et les affrontements qui les opposent aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), ou encore ceux qui surviennent entre groupes armés eux-mêmes, sont à l’origine de nombreuses violations des droits des ccivils
Parmi celles-ci figurent les atteintes à la vie et à l’intégrité physique, telles que les homicides, les coups et blessures, les atteintes à la liberté et à la sécurité, notamment les enlèvements, ainsi que les violences sexuelles et celles basées sur le genre (VSBG). Ces actes sont généralement commis par des hommes armés contre des populations sans défense. Hommes, femmes, enfants, jeunes et personnes âgées, aucune catégorie n’est épargnée par ces atrocités.
Pourtant, ces pratiques sont condamnées par les lois nationales ainsi que par les chartes et traités internationaux. Elles sont contraires aux principes du droit international humanitaire, qui stipule notamment que les violations graves de ses dispositions constituent des crimes de guerre (Règle 156).
La Convention de Genève de 1949 relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre rappelle, dans son article 3, que :« Les personnes qui ne participent pas directement aux hostilités, y compris les membres des forces armées qui ont déposé les armes et les personnes mises hors de combat par maladie, blessure, détention ou toute autre cause, seront, en toutes circonstances, traitées avec humanité, sans aucune distinction de caractère défavorable fondée sur la race, la couleur, la religion, le sexe, la naissance, la fortune ou tout autre critère analogue. »
Selon le rapport mensuel de monitoring de protection du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), 1 188 violations ont été documentées pour 1 083 victimes au cours du seul mois de septembre 2021 dans les provinces du Sud-Kivu et du Maniema.
Le rôle de la société civile
Face à la recrudescence des violences dans les zones de conflit et à leurs conséquences sur la protection des populations civiles, les organisations de la société civile jouent un rôle déterminant, notamment pour des plaidoyers en faveur de cessation des hostilités, du retour de la paix, l’assistance aux personnes déplacés.

Joseph Apolo Msambya, acteur de la société civile de la ville de Baraka et président de la Société civile environnementale de cette région, déplore notamment les attaques dont sont victimes les déplacés même dans leurs lieux de refuge. Il cite l’attaque perpétrée le 7 décembre 2021 contre les villages de Tubondo et Eciba, dans la localité de Lweba (territoire de Fizi), au cours de laquelle sept civils ont été tués par des miliciens Ngumino.
Selon lui, plusieurs milliers de déplacés vivent encore dans des familles d’accueil ou dans des abris de fortune à proximité de la ville de Baraka. Il lance un appel aux organisations humanitaires présentes dans la région afin qu’elles leur apportent une assistance adéquate.
Cet acteur de la société civile explique qu’en raison de la volatilité de la situation sécuritaire dans les hauts et moyens plateaux de Fizi, les organisations citoyennes sont régulièrement en première ligne pour dénoncer les violations des droits humains et mener des actions de plaidoyer auprès des autorités compétentes et des partenaires humanitaires.
Joseph Apolo insiste également sur la nécessité pour toutes les parties prenantes au conflit de respecter le droit international humanitaire.
« Nous, acteurs de la société civile, appelons au renforcement des mécanismes de protection des civils. Il faut surtout agir en amont pour mettre fin aux conflits. En cas de déplacement des populations, une assistance appropriée doit être apportée aux personnes affectées qui ne sont pas en mesure de subvenir à leurs besoins », a-t-il déclaré.
Le président de la société civile forces vives de Bunyakiri, dans le territoire de Kalehe, ainsi que le coordonnateur de la Nouvelle Société civile d’Uvira, partagent cette analyse
Didier Kitumaini et André Byadunia indiquent que les acteurs sociaux « alertent, dénoncent les violations des droits humains et sensibilisent les populations, notamment à travers les médias, sur le droit international humanitaire ainsi que sur les sanctions prévues pour les crimes contre l’humanité et les violences sexuelles ».
La responsabilité de l’État
Selon le mandat des Nations Unies, la responsabilité première de la protection des civils incombe aux gouvernements. Au Sud-Kivu, les autorités provinciales affirment fournir des efforts importants dans ce domaine. Le rétablissement de la paix sur l’ensemble du territoire national constitue l’une des priorités du président de la République, Félix Tshisekedi.

Lors de son passage à Uvira le 9 mars 2022, le gouverneur du Sud-Kivu, Théo Ngwabidje, avait déclaré que les forces de défense et de sécurité étaient déterminées à neutraliser les groupes armés opérant dans les hauts et moyens plateaux des territoires d’Uvira, de Fizi et de Mwenga.
Pour lui, une meilleure protection des civils passe nécessairement par la neutralisation des groupes armés et le rétablissement durable de la paix et de la sécurité. Il avait également appelé les combattants à déposer les armes afin de bénéficier des programmes de réinsertion socio-économique.
Le gouverneur avait par ailleurs salué l’appui de la MONUSCO, qui contribue à la protection des populations civiles aux côtés des forces gouvernementales. De son côté, l’administrateur du territoire de Fizi, Aimé Kawaya, reconnaît une baisse des violences armées observée au cours des mois de février et mars 2022, tout en restant prudent.
Il explique que des réunions régulières du Conseil de sécurité sont organisées avec les FARDC, la Police nationale congolaise et les autres services compétents afin de garantir la sécurité des populations. Il ajoute que des campagnes de sensibilisation sont également menées pour encourager les membres des groupes armés à déposer les armes et à participer aux efforts de paix et de développement.
L’apport du CICR
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) joue un rôle essentiel dans la promotion et le respect du droit international humanitaire. À ce titre, l’organisation mène plusieurs interventions en faveur des victimes des conflits armés.Au Sud-Kivu, son action est largement saluée par les acteurs de la société civile.

« Il convient de reconnaître l’apport du CICR dans les territoires touchés par les conflits armés. Nous observons régulièrement son implication dans l’évacuation des blessés de guerre vers des structures sanitaires adaptées, où ils bénéficient de soins pris en charge par l’organisation. Même les civils blessés lors des affrontements reçoivent souvent son assistance », témoigne Joseph Apolo.
Ce dernier souhaite voir le CICR renforcer sa présence permanente dans le territoire de Fizi, particulièrement touché par les conflits armés.
Selon le rapport annuel des activités du CICR pour l’année 2021 dans les provinces du Sud-Kivu et du Maniema, 53 616 personnes ont bénéficié gratuitement de soins curatifs dans les structures de santé soutenues par l’organisation.
Un défi encore immense
Malgré les efforts déployés par le gouvernement, ses partenaires et les organisations de la société civile, la situation de la protection des civils et du respect du droit international humanitaire demeure préoccupante dans plusieurs zones du Sud-Kivu, particulièrement dans les hauts et moyens plateaux des territoires d’Uvira, Fizi et Mwenga.
Un travail considérable reste à accomplir pour permettre aux populations de vivre dans la paix et la ssécurité
Cet objectif passe notamment par le désarmement, la démobilisation et la réinsertion des groupes armés, ainsi que par un engagement collectif en faveur de la stabilité et du vivre-ensemble.
Pascal Ngaboyeka



